
Imryrr, the Dreaming City |
| | Le mouvement du grand flux [split de tschtong.fr] | |
| | | Author | Message |
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J-P Mouvaux Seigneur de Toholl | Lord of Toholl

Joined : 17 Oct 2006 Posts : 125
| Subject: Le mouvement du grand flux [split de tschtong.fr] Wed 15 Nov - 23:43 | |
| Fred, j’ai apprécié ton topo sur le travail forcé, dont je relève quelques passages :
| Code: | Acheter un bien revient à acheter du temps de travail.
A partir des années 1880 émerge une nouvelle conception du travail avec notamment sa rationalisation, c’est à dire un impératif de rendement optimal, que l’on connaît également sous les noms de fordisme, de taylorisme ou d’organisation scientifique du travail. L’organisation est alors conçue en fonction d’une disposition des équipements qui permettent d’assurer un flux continu et uniforme de la production, pour un idéal de « production pour les masses ».
Une logique de compétence qui répond aux exigences de réactivité qu’imposent nos temps modernes. Cette logique de compétence fondée sur un modèle de production est aussi un moyen d’accentuer les déséquilibres et les inégalités, notamment en y excluant les salariés les moins productifs.
Si il n’y a plus guère de tyran aujourd’hui dans les pays de l’occident, subsiste cependant le capitalisme. L'implication contraignante pousse chacun à mieux servir les objectifs de productivité de la firme, et cette volonté conduit à l'aveuglement sur sa propre situation et à l'abandon de sa liberté, contredisant ainsi ce que le travail est censé apporter, à savoir posséder des biens et la liberté... Mais a t-on réellement le choix ? |
Je pense qu’il n’y a pas lieu de regretter le fait qu’on soit passé à un système de « production pour les masses », qui devrait être un progrès si la distribution de ces « produits » n’était pas aussi inégalitaire qu’elle l’est actuellement, et de plus en plus. Et notamment pour ce qui est de la répartition entre salariés et actionnaires. Dans le n° de cette semaine de « Charlie Hebdo » il y a un article de « l’oncle Bernard » (je ne sais pas si tu connais) qui traite de cette question. C’est à propos de l’Amérique, mais cela ne concerne pas que l’Amérique.
En signalant « l’exclusion des salariés les moins productifs », tu touches, je pense à la question du chômage, qui est devenu aussi chômage « de masse ».
A propos de « tyran », ce qu’il y a de terrible, c’est que ce sont les travailleurs eux-mêmes qui sont devenus leurs propres tyrans ; par le fait, entre autres, qu’ils sont, par ailleurs, des consommateurs exigeant de plus en plus de produits à des prix de plus en plus bas. Schizophrénie !
A-t-on réellement le choix ? Individuellement, on peut, si on se trouve dans certaines conditions, échapper à la contrainte de ce nouveau « travail forcé ». Le projet de remettre en cause le « système » actuel commence à pointer dans quelques organisations syndicales ou politiques. Un choix nous sera sans doute imposé un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre. |
|  | | Fred Prince Dragon

   Age : 34 Joined : 23 Oct 2006 Posts : 65 Localisation : Bretagne
| Subject: Re: Le mouvement du grand flux [split de tschtong.fr] Thu 16 Nov - 19:32 | |
| | Dans quelle condition peut-on aujourd'hui s'échapper du travail. Certains (voir le site rienfoutre.org) refusent complètement de rentrer dans ce système et préfèrent se la couler douce en touchant simplement le RMI. Peut-être ont-ils la chance de posséder un certain capital. Mais la plupart des gens honnêtes travaillent. Sur Paris, une personne qui travaille et qui touche le SMIC a déjà du mal à se loger. Une personne qui touche le RMI ne peut pas vivre. Je ne souhaite pas critiquer le fait de travailler, je dénonce simplement des conditions que j'ai moi même connues. |
|  | | Fred Prince Dragon

   Age : 34 Joined : 23 Oct 2006 Posts : 65 Localisation : Bretagne
| Subject: Re: Le mouvement du grand flux [split de tschtong.fr] Fri 17 Nov - 14:58 | |
| Pour faire suite...
Je parle davantage au nom de ceux qui souffre.
Je prend par exemple cet extrait de La condition ouvrière :
"Pour moi, personnellement, voici ce que ça a voulu dire, travailler en usine. Ca a voulu dire que toutes les raisons extérieures sur lesquelles s'appuyaient pour moi le sentiment de ma dignité, le respect de moi même ont été en deux ou trois semaines radicalement brisés sous le coup d'une contrainte brutale et quotidienne. Et je ne crois pas qu'il en soit résulté en moi des mouvements de révolte. Non, mais au contraire la chose au monde que j'attendais le moins de moi même - la docilité. Une docilité de bête de somme résignée.(...) Il y a deux facteurs dans l'esclavage : la vitesse et les ordres. La vitesse : pour y arriver , il faut répéter mouvement après mouvement à une cadence qui, étant plus rapide que la pensée, interdit dse laisser cours non seulement à la réflexion, mais même à la rêverie. Il faut en se mettant devant sa machine, tuer son âme pour huit heures par jour, sa pensée, ses sentiments , tout.(...) Cette situation fait que la pensée se recroqueville, se rétracte, comme la chair se rétracte devant un bistouri. On ne peut pas être conscient."
Autre exemple :
"Il a bien montré que la véritable raison de l'exploitation des travailleurs, ce n'est pas le désir qu'auraient les capitalistes de jouir et de consommer, mais la nécessité d'agrandir l'entreprise le plus rapidement possible afin de la rendre plus PUISSANTE que ces concurents." |
|  | | J-P Mouvaux Seigneur de Toholl | Lord of Toholl

Joined : 17 Oct 2006 Posts : 125
| Subject: Re: Le mouvement du grand flux [split de tschtong.fr] Fri 17 Nov - 18:32 | |
| | De qui "La condition ouvrière" ? |
|  | | Fred Prince Dragon

   Age : 34 Joined : 23 Oct 2006 Posts : 65 Localisation : Bretagne
| Subject: Re: Le mouvement du grand flux [split de tschtong.fr] Fri 17 Nov - 18:47 | |
| | Simone Weil |
|  | | Fred Prince Dragon

   Age : 34 Joined : 23 Oct 2006 Posts : 65 Localisation : Bretagne
| Subject: Re: Le mouvement du grand flux [split de tschtong.fr] Sun 19 Nov - 19:26 | |
| Autre extrait que je souhaite vous faire partager sur les motivations de Taylor pour l'organisation scientifique du travail :
Quand je devins chef d'équipe (Taylor), les ouvriers qui passèrent sous mes ordres et qui, naturellement, savaient que j'étais au courant de tout le jeu de limitation délibéré de la production et de flânerie systématique vinrent me trouver immédiatement et me dire : "Maintenant, Fred, vous n'allez pas devenir un de ces damnés chiens de garde, n'est-ce-pas ?" Je leur répondis : "Si vous voulez dire que vous craignez que j'essaie de faire produire à ces tours plus que par le passé, eh bien, vous avez raison. Je me prpose de leur faire produire plus. Souvenez-vous que, quand je travaillais avec vous, je me suis conduit en compagnon régulier. Je n'ai pas dépassé une seule cadence dont nous avions convenu. Mais, maintenant, je suis de l'autre côté de la barricade. J'ai accepté un poste dans l'équipe de direction de la compgnie et je dois vous dire très franchement que je vais essayer d'obtenir une production plus élevée" Ils me répondirent : "Vous allez devenir un de ces damnés salauds."
Taylor a ainsi affirmer vouloir lutter contre la flânerie qui constituait le mal le plus aigu dont étaient atteints les ouvriers d'Angleterre et d'Amérique. |
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